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Hormis quelques réflexes innés, la plupart des comportements humains et des réactions émotionnelles sont le résultat d'un conditionnement

Hormis quelques réflexes innés, la plupart des comportements humains et des réactions émotionnelles sont le résultat d'un conditionnement Hormis quelques réflexes innés, la plupart des comportements humains et des réactions émotionnelles sont le résultat d'un conditionnement
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#conditionnement psychologique
#Conditionnnement
#sciences du comportement

« Réactions émotionnelles conditionnées » (Conditioned Emotional Reactions) de John B. Watson et Rosalie Rayner est l'un des articles de recherche les plus influents, les plus tristement célèbres et les plus emblématiques jamais publiés dans l'histoire de la psychologie. Communément appelé « Le cas du petit Albert » (The Case of Little Albert), ce classique de la psychologie a tenté de montrer comment la peur pouvait être induite chez un enfant par le conditionnement classique. Publié à l'origine en 1920, le texte ci-dessous reste parmi les articles de journaux les plus fréquemment cités dans les cours d'introduction à la psychologie et les manuels scolaires.

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Dans la littérature récente, diverses spéculations ont été avancées concernant la possibilité de conditionner divers types de réactions émotionnelles, mais les preuves expérimentales directes à l'appui de cette opinion font défaut. Si la théorie avancée par Watson et Morgan1 selon laquelle les modèles de réaction émotionnelle originaux sont peu nombreux dans la petite enfance, consistant jusqu'à présent à observer la peur, la rage et l'amour, alors il doit exister une méthode simple permettant d'augmenter considérablement la gamme des stimuli pouvant appeler ces émotions et leurs composés. Sinon, la complexité de la réaction des adultes ne pourrait pas être prise en compte. Ces auteurs, en l'absence de preuves expérimentales adéquates, ont avancé l'idée que cette gamme était augmentée au moyen de facteurs de réflexes conditionnés. Il a été suggéré que le début de la vie familiale de l'enfant fournit une situation de laboratoire pour établir des réponses émotionnelles conditionnées. Les auteurs actuels ont récemment soumis toute cette question à un test expérimental.

Des expériences ont été menées jusqu'à présent sur un seul enfant, Albert B. Ce nourrisson a été élevé presque dès sa naissance dans un environnement hospitalier ; sa mère était nourrice au foyer pour enfants invalides de Harriet Lane. La vie d'Albert était tout à fait ordinaire : il était en bonne santé dès sa naissance et était l'un des enfants les mieux développés jamais amenés à l'hôpital, pesant à neuf mois vingt-et-un livres. Dans l'ensemble, il était impassible et sans émotion. Sa stabilité était l'une des principales raisons pour lesquelles il a été utilisé comme sujet dans cette épreuve. Nous avons estimé que nous pouvions lui faire relativement peu de mal en réalisant des expériences telles que celles décrites ci-dessous.

À l'âge de neuf mois environ, nous l'avons soumis aux tests émotionnels qui font désormais partie de notre routine habituelle pour déterminer si les réactions de peur peuvent être déclenchées par d'autres stimuli que des bruits aigus et la suppression soudaine de tout soutien. Des tests de ce type ont été décrits par l'auteur principal à un autre endroit. En bref, le nourrisson a été confronté soudainement et pour la première fois successivement à un rat blanc, un lapin, un chien, un singe, avec des masques avec et sans poils, de la ouate, des journaux brûlants, etc. Un enregistrement permanent des réactions d'Albert à ces objets et situations a été conservé dans une étude cinématographique. La manipulation était la réaction la plus souvent invoquée. À aucun moment, ce nourrisson n'a montré de crainte dans aucune situation. Ces enregistrements expérimentaux ont été confirmés par les observations occasionnelles de la mère et des préposés à l'hôpital. Personne ne l'avait jamais vu dans un état de peur et de rage. Le nourrisson n'a pratiquement jamais pleuré.

Jusqu'à l'âge de neuf mois environ, nous ne l'avions pas testé avec des bruits forts. Le test visant à déterminer si une réaction de peur pouvait être déclenchée par un son fort a été effectué lorsqu'il avait huit mois et vingt-six jours. Le son était celui produit par le marteau frappé sur une barre d'acier suspendue de quatre pieds de long et de trois quarts de pouce de diamètre. Les notes de laboratoire sont les suivantes :

L'un des deux expérimentateurs a fait tourner la tête de l'enfant et a fixé sa main mobile ; l'autre, posté à l'arrière de l'enfant, a frappé la barre d'acier d'un coup sec. L'enfant a commencé violemment, sa respiration a été contrôlée et les bras ont été levés de manière caractéristique. Lors de la deuxième stimulation, la même chose se produisit, et en plus, les lèvres commencèrent à se plisser et à trembler. À la troisième stimulation, l'enfant a eu une crise de larmes soudaine. C'est la première fois qu'une situation émotionnelle dans le laboratoire produit une peur ou même des pleurs chez Albert.

Nous nous attendions justement à ces résultats en raison de notre travail avec d'autres enfants élevés dans des conditions similaires. Il convient d'attirer l'attention sur le fait que le retrait du support (laisser tomber et secouer la couverture sur laquelle le nourrisson était couché) a été tenté de manière exhaustive sur ce nourrisson à la même occasion. Cela n'a pas permis de produire la réaction de peur. Ce stimulus est efficace chez les jeunes enfants. On ne sait pas à quel âge ces stimuli perdent leur capacité à produire de la peur. On ne sait pas non plus si les enfants moins placides perdent leur peur à leur égard. Cela dépend probablement de la formation que reçoit l'enfant. Il est bien connu que les enfants courent avec impatience pour être jetés en l'air et attrapés. D'autre part, il est tout aussi connu que chez les adultes, les réactions de peur sont clairement exprimées par le retrait soudain d'un support, si la personne traverse un pont, marche sur une poutre, etc. Il existe un vaste champ d'étude à cet égard, qui n'entre pas dans le cadre de notre propos actuel.

 

Le stimulus sonore nous donne donc, à neuf mois, les moyens de tester plusieurs facteurs importants. 

  1. Pouvons-nous conditionner la peur d'un animal, par exemple un rat blanc, en le présentant visuellement et en frappant simultanément une barre d'acier ?
  2. Si une telle réaction émotionnelle conditionnée peut être établie, y aura-t-il un transfert vers d'autres animaux ou d'autres objets ?
  3. Quel est l'effet du temps sur de telles réactions émotionnelles conditionnées ?
  4. Si, après une période raisonnable, ces réactions émotionnelles ne se sont pas éteintes, quelles méthodes de laboratoire peut-on mettre au point pour les éliminer ?

I. L'établissement de réponses émotionnelles conditionnées. Au début, nous avons beaucoup hésité à tenter de mettre en place des réactions de peur de manière expérimentale. Une certaine responsabilité est attachée à une telle procédure. Nous avons finalement décidé de faire cette tentative, nous réconfortant par la réflexion que de tels attachements se produiraient de toute façon dès que l'enfant quitterait l'environnement protégé de la crèche pour les difficultés du foyer. Nous n'avons commencé ce travail qu'à l'âge de onze mois, soit trois jours, d'Albert. Avant de tenter de mettre en place une réponse conditionnée, nous lui avons, comme auparavant, fait subir tous les tests émotionnels habituels. Il n'a pas eu le moindre signe de réaction de peur, quelle que soit la situation.

Les mesures prises pour conditionner les réponses émotionnelles sont indiquées dans nos notes de laboratoire.

1 mois 3 jours

  1. Rat blanc soudainement pris dans le panier et présenté à Albert. Il commença à attraper le rat avec la main gauche. Au moment où sa main touchait l'animal, la barre a été frappée immédiatement derrière sa tête. L'enfant sauta violemment et tomba en avant, s'enfouissant le visage dans le matelas. Il ne pleura pas, cependant.
  2. Au moment où la main droite a touché le rat, la barre a été frappée à nouveau. L'enfant sauta de nouveau violemment, tomba en avant et se mit à gémir.

Afin de ne pas déranger l'enfant trop sérieusement, aucun autre test ne fut effectué pendant une semaine.

11 mois 10 jours

  1. Le rat s'est présenté soudainement sans bruit. Il y avait une fixation constante mais aucune tendance au début à l'atteindre. Le rat a alors été placé plus près, puis des mouvements d'approche timides ont commencé avec la main droite. Lorsque le rat a mis le nez dans la main gauche du nourrisson, la main a été immédiatement retirée. Il commença à atteindre la tête de l'animal avec l'index de la main gauche, mais la retira soudainement avant le contact. On voit donc que les deux stimulations articulaires données la semaine précédente n'ont pas été sans effet. Il a été testé avec ses blocs immédiatement après pour voir s'ils partageaient le processus de conditionnement. Il a immédiatement commencé à les ramasser, les laisser tomber, les frapper, etc. Dans le reste des tests, les blocs ont été administrés fréquemment pour le calmer et pour tester son état émotionnel général. Ils étaient toujours hors de vue lorsque le processus de conditionnement était en cours.
  2. Stimulation des articulations par le rat et le son. Démarrage, puis chute immédiate sur le côté droit. Pas de pleurs.
  3. Stimulation des articulations. Tombé sur le côté droit et reposé sur les mains, avec la tête tournée vers le rat. Pas de pleurs.
  4. Stimulation des articulations. Même réaction.
  5. Le rat s'est soudainement présenté seul. Visage plissé, gémissement et retrait du corps brusquement vers la gauche.
  6. Stimulation des articulations. Il est tombé immédiatement sur le côté droit et a commencé à gémir.
  7. Stimulation des articulations. A commencé violemment et a pleuré, mais n'est pas tombé.
  8.  Rat seul. À l'instant où le rat a été montré, le bébé s'est mis à pleurer. Presque instantanément, il se tourna brusquement vers la gauche, tomba sur le côté gauche, se leva à quatre pattes et commença à ramper si rapidement qu'il fut rattrapé avec difficulté avant d'atteindre le bord de la table.

Ce cas de réaction de peur complètement conditionnée était aussi convaincant qu'on aurait pu l'imaginer théoriquement. En tout, sept stimulations articulaires ont été données pour provoquer la réaction complète. Il n'est pas improbable que le nombre de stimulations articulaires ait pu être réduit de manière significative si le son avait été plus intense ou plus complexe. Des expériences visant à définir la nature des sons qui serviront le mieux de stimuli émotionnels sont en cours.

II. Lorsqu'une réponse émotionnelle conditionnée a été établie pour un objet, y a-t-il un transfert ? Cinq jours plus tard, Albert a de nouveau été ramené au laboratoire et testé comme suit :

11 mois 15 jours

  1. Testé d'abord avec des blocs. Il les a facilement atteints, en jouant avec eux comme d'habitude. Cela montre qu'il n'y a pas eu de transfert général vers la salle, la table, les blocs, etc.
  2. Rat seul. Gémit immédiatement, retire sa main droite et tourne la tête et le tronc.
  3. Blocs à nouveau offerts. Il jouait volontiers avec eux, souriant et gargouillant.
  4.  Rat seul. Il s'est penché sur le côté gauche, le plus loin possible du rat, puis il est tombé, s'est mis à quatre pattes et s'est éloigné en courant aussi vite que possible.
  5.  Des blocs ont de nouveau été offerts. On les a immédiatement rattrapés, en souriant et en riant comme avant.
  6. Le test préliminaire ci-dessus montre que la réaction conditionnée au rat s'est complètement maintenue pendant les cinq jours où aucun test n'a été effectué. La question de savoir s'il y avait ou non un transfert a ensuite été abordée.
  7. Le lapin seul. Le lapin a été soudainement placé sur le matelas devant lui. La réaction a été prononcée. Les réactions négatives ont immédiatement commencé. Il s'est penché le plus loin possible de l'animal, a gémi, puis a éclaté en sanglots. Lorsque le lapin a été mis en contact avec lui, il a enterré son visage dans le matelas, puis s'est mis à quatre pattes et s'est éloigné en rampant, en pleurant. Ce fut un test des plus convaincants.
  8. Les blocs lui ont ensuite été donnés, après un intervalle. Il a joué avec eux comme avant. Quatre personnes ont observé qu'il jouait avec eux avec beaucoup plus d'énergie que jamais. Les blocs ont été placés très haut au-dessus de sa tête et on les a frappés avec beaucoup de force.
  9. Le chien seul. Le chien n'a pas produit une réaction aussi violente que le lapin. Au moment de la fixation, l'enfant s'est rétracté et lorsque l'animal s'est approché, il a essayé de se mettre à quatre pattes mais n'a pas pleuré au début. Dès que le chien s'est évanoui hors de son champ de vision, il est devenu silencieux. On fit alors approcher le chien de la tête de l'enfant (il était couché à ce moment). Albert se redressa immédiatement, tomba sur le côté opposé et détourna la tête. Il s'est alors mis à pleurer.
  10. Les blocs ont de nouveau été présentés. Il s'est immédiatement mis à jouer avec eux.
  11.  Manteau de fourrure (sceau). Il se retira immédiatement sur le côté gauche et commença à s'agiter. Manteau mis près de lui sur le côté gauche, il se retourna immédiatement, commença à pleurer et essaya de s'éloigner à quatre pattes.
  12. Laine de coton. La laine était présentée dans un emballage en papier. À la fin, le coton n'était pas recouvert par le papier. Il a été placé d'abord sur ses pieds. Il l'a jeté mais ne l'a pas touché avec ses mains. Lorsque sa main était posée sur la laine, il la retirait immédiatement mais ne montrait pas le choc que les animaux ou le manteau de fourrure produisaient en lui. Il a ensuite commencé à jouer avec le papier, en évitant tout contact avec la laine elle-même. Finalement, sous l'impulsion de l'instinct de manipulation, il a perdu une partie de son négativisme face à la laine.
  13. Juste dans le jeu, W. a baissé la tête pour voir si Albert jouerait avec ses cheveux. Albert était complètement négatif. Deux autres observateurs ont fait la même chose. Il s'est immédiatement mis à jouer avec leurs cheveux. W. a ensuite apporté le masque du Père Noël et l'a présenté à Albert. Il était à nouveau très négatif.

11 mois 20 jours

  1. Blocs seuls. Joué avec eux comme d'habitude.
  2. Rat seul. Retrait de tout le corps, en se penchant sur le côté gauche, sans pleurer. Fixation et suivi avec les yeux. La réaction a été beaucoup moins marquée que lors de la première présentation la semaine précédente. Il a été jugé préférable de rafraîchir la réaction par une autre stimulation articulaire.
  3. Au moment où le rat a été placé sur sa main, la tige a été frappée. Réaction violente.
  4. Rat seul. Il est tombé immédiatement sur le côté gauche. Réaction, pratiquement aussi forte qu'à l'occasion précédente mais pas de pleurs.
  5. Rat seul. Il est tombé sur le côté gauche, s'est mis à quatre pattes et a commencé à ramper. Cette fois-ci, il n'y a pas eu de pleurs, mais c'est étrange à dire que lorsqu'il a commencé à s'éloigner, il s'est mis à gargouiller et à roucouler, même en se penchant loin sur le côté gauche pour éviter le rat.
  6. Lapin seul. Il s'est penché sur le côté gauche aussi loin que possible. Il n'est pas tombé. Il a commencé à gémir, mais sa réaction n'a pas été aussi violente que par le passé.
  7. Les blocs sont à nouveau offerts. Il les a immédiatement touchés et a commencé à jouer.Tous les tests dont il a été question jusqu'à présent ont été effectués sur une table munie d'un matelas, située dans une petite pièce sombre et bien éclairée. Nous voulions ensuite tester si les réactions de peur conditionnée ainsi mises en place apparaîtraient si la situation était sensiblement modifiée. Nous avons pensé qu'il était préférable, avant de faire ce test, de rafraîchir la réaction du lapin et du chien en les montrant au moment où la barre d'acier a été frappée. On se souviendra que c'était la première fois que l'on s'efforçait de conditionner directement la réaction au chien et au lapin. Les notes expérimentales sont les suivantes :
  8. Au début, le lapin a été donné seul. La réaction a été exactement comme indiqué dans le test (6) ci-dessus. Lorsque le lapin a été laissé longtemps sur les genoux d'Albert, il a commencé provisoirement à tendre la main et à manipuler sa fourrure avec ses index. Ce faisant, la tige d'acier a été frappée. Une violente réaction de peur en résulta.
  9. Le lapin seul. Réaction tout à fait similaire à celle du procès (6) ci-dessus.
  10. Lapin seul. A commencé immédiatement à gémir, en tenant les mains bien en l'air, mais n'a pas pleuré. Tendance conflictuelle à la manipulation très évidente.
  11. Chien seul. A commencé à gémir, en secouant la tête d'un côté à l'autre, en tenant les mains aussi loin que possible de l'animal.
  12. Chien et son. Le bâton a été frappé juste au moment où l'animal l'a touché : Une violente réaction négative est apparue. Il a commencé à gémir, s'est tourné sur le côté, est tombé et a commencé à se mettre à quatre pattes.
  13. Blocs. Il a joué avec eux immédiatement et facilement.

Ce même jour et immédiatement après l'expérience ci-dessus, Albert fut emmené dans la grande salle de conférence bien éclairée du laboratoire. Il a été placé sur une table au centre de la salle, juste sous la lucarne. Quatre personnes étaient présentes. La situation était donc très différente de celle obtenue dans la petite salle sombre.

  1. Rat seul. Aucune réaction de peur soudaine n'est apparue au début. Les mains, cependant, ont été levées et éloignées de l'animal. Aucune réaction positive de manipulation n'est apparue.
  2. Lapin seul. Légère réaction de peur. Il s'est tourné vers la gauche et a éloigné son visage de l'animal, mais la réaction n'a jamais été prononcée.
  3. Chien seul. S'est retourné mais n'est pas tombé. A pleuré. Les mains se sont éloignées le plus possible de l'animal. Gémissait tant que le chien était présent.
  4. Rat seul. Légère réaction négative.
  5. Rat et son. Il a été jugé préférable de rafraîchir la réaction au rat. Le son a été donné au moment où le rat a été présenté. Albert a sauté violemment mais n'a pas pleuré.
  6. Le rat seul. Au début, il n'a pas montré de réaction négative. Lorsque le rat a été placé plus près, il a commencé à montrer une réaction négative en reculant son corps, en levant les mains, en gémissant, etc.
  7. Blocs. On jouait immédiatement avec eux.
  8. Rat seul. Retrait prononcé du corps et gémissements.
  9. Blocs. Joué avec eux comme auparavant.
  10. Lapin seul. Réaction prononcée. Gémissait en tenant les bras hauts, tombait en arrière et devait être rattrapé.
  11. Chien seul. Au début, le chien n'a pas eu de réaction prononcée. Les mains étaient tenues haut au-dessus de la tête, la respiration était contrôlée, mais il n'y avait pas de pleurs. À ce moment précis, le chien, qui n'avait jamais aboyé auparavant, a aboyé trois fois très fort alors qu'il n'était qu'à environ 15 cm du visage du bébé. Albert est immédiatement tombé et s'est mis à gémir jusqu'à ce que le chien soit retiré. Les aboiements soudains du chien, jusqu'alors silencieux, ont provoqué une réaction de peur marquée chez les observateurs adultes !

D'après les résultats ci-dessus, il semblerait que des transferts émotionnels aient lieu. De plus, il semblerait que le nombre de transferts résultant d'une réaction émotionnelle conditionnée produite expérimentalement soit très important. Dans nos observations, nous n'avions aucun moyen de tester le nombre total de transferts qui ont pu se produire.

III. L'effet du temps sur les réactions émotionnelles conditionnées. Nous avons déjà montré que la réaction émotionnelle conditionnée se poursuit pendant une semaine. Il a été souhaité de rendre le test du temps plus long. Compte tenu de l'imminence du départ d'Albert de l'hôpital, nous ne pouvions pas faire durer l'intervalle plus d'un mois. En conséquence, aucune autre expérimentation émotionnelle n'a été entreprise pendant trente et un jours après le test susmentionné. Au cours du mois, cependant, Albert a été amené chaque semaine au laboratoire pour des tests sur les droitiers et les gauchers, l'imitation, le développement général, etc. Aucun test émotionnel n'a été effectué et, pendant tout le mois, il a continué à suivre sa routine habituelle à la maison de Harriet Lane. Les notes sur le test donné à la fin de cette période sont les suivantes :

1 an 21 jours

  1. Masque du Père Noël. Retrait, gargouillement, puis gifle sans toucher. Quand sa main a été forcée à le toucher, il a gémi et pleuré. Sa main a été forcée de le toucher deux fois de plus. Il a gémi et pleuré lors des deux épreuves. Il a finalement pleuré sur le simple stimulus visuel du masque.
  2. Manteau de fourrure. Il plissa le nez et retira ses deux mains, recula tout son corps et commença à gémir à mesure que le manteau se rapprochait. Là encore, il y avait un conflit entre le retrait et la tendance à la manipulation. Il s'est approché timidement avec la main gauche, mais a reculé avant d'entrer en contact avec le manteau. En déplaçant son corps sur le côté, sa main a accidentellement touché le manteau. Il s'est mis à pleurer immédiatement, en hochant la tête d'une manière très particulière (cette réaction était entièrement nouvelle). Les deux mains ont été retirées aussi loin que possible du manteau. Le manteau a ensuite été posé sur ses genoux et il a continué à hocher la tête et à gémir, retirant son corps le plus loin possible, poussant le manteau avec ses pieds mais ne le touchant jamais avec ses mains.
  3. Manteau de fourrure. Le manteau a été retiré de sa vue et lui a été présenté à nouveau au bout d'une minute. Il s'est immédiatement mis à s'agiter, retirant son corps et hochant la tête comme auparavant.
  4. Blocs. Il commença à jouer avec eux comme d'habitude.
  5. Le rat. Il a laissé le rat ramper vers lui sans se retirer. Il s'est assis très calmement et l'a fixé intensément. Le rat lui a alors touché la main. Albert l'a immédiatement retirée, puis s'est penché en arrière le plus loin possible mais n'a pas pleuré. Lorsque le rat fut placé sur son bras, il retira son corps et commença à s'agiter, en hochant la tête. Le rat a alors été autorisé à ramper contre sa poitrine. Il a d'abord commencé à s'agiter, puis il s'est couvert les yeux des deux mains.
  6. 6. Blocs. Réaction normale.
  7. Le lapin. L'animal a été placé directement devant lui. C'était très calme. Albert n'a pas montré de réactions d'évitement au début. Après quelques secondes, il a froncé le visage, a commencé à hocher la tête et à regarder attentivement l'expérimentateur. Il a ensuite commencé à repousser le lapin avec ses pattes, en retirant son corps en même temps. Puis, lorsque le lapin s'est approché, il a commencé à éloigner ses pattes, à hocher la tête et à crier "da da". Au bout d'une minute environ, il a tendu la main lentement et timidement et a touché l'oreille du lapin avec sa main droite, pour finalement la manipuler. Le lapin a de nouveau été placé sur ses genoux. Il se mit à nouveau à s'agiter et retira ses mains. Il tendit la main gauche et toucha l'animal, frémit et retira tout son corps. L'expérimentateur a alors pris sa main gauche et l'a posée sur le dos du lapin. Albert retira immédiatement sa main et commença à sucer son pouce. Le lapin était de nouveau couché sur ses genoux. Il s'est mis à pleurer, se couvrant le visage des deux mains.
  8. Le chien. Le chien était très actif. Albert le fixa intensément pendant quelques secondes, assis très immobile. Il a commencé à pleurer mais n'est pas tombé en arrière comme lors de son dernier contact avec le chien. Lorsque le chien a été poussé plus près de lui, il s'est d'abord assis sans bouger, puis s'est mis à pleurer, en mettant les deux mains sur son visage.

Ces expériences semblent montrer de façon concluante que les réactions émotionnelles directement conditionnées ainsi que celles conditionnées par le transfert persistent, bien qu'avec une certaine perte d'intensité de la réaction, pendant une période supérieure à un mois. Nous estimons qu'elles persistent et modifient la personnalité tout au long de la vie. Il convient de rappeler à nouveau qu'Albert était d'un type extrêmement flegmatique. S'il avait été émotionnellement instable, la réaction directement conditionnée et celles qui ont été transférées auraient probablement persisté tout au long du mois sans changement de forme.

IV. "Détachement" ou suppression des réponses émotionnelles conditionnées. Malheureusement, Albert a été retiré de l'hôpital le jour où les tests ci-dessus ont été effectués. La possibilité de mettre au point une technique expérimentale permettant d'éliminer les réactions émotionnelles conditionnées nous a donc été refusée. Notre propre opinion, exprimée ci-dessus, qui n'est peut-être pas très bien fondée, est que ces réactions dans l'environnement familial sont susceptibles de persister indéfiniment, à moins qu'une méthode accidentelle pour les supprimer ne soit utilisée. L'importance d'établir une méthode quelconque doit être évidente pour tous. Si l'occasion s'était présentée, nous aurions dû essayer plusieurs méthodes, dont certaines peuvent être mentionnées. (1) Confronter constamment l'enfant à ces stimuli qui appellent des réponses dans l'espoir que l'habituation viendra correspondant à une "fatigue" du réflexe lorsque des réactions différentielles doivent être mises en place. (2) En essayant de "reconditionner" l'enfant en lui montrant des objets qui appellent des réponses de peur (visuel) et en stimulant simultanément les zones érogènes (tactuel). Il faut d'abord essayer les lèvres, puis les mamelons et en dernier recours les organes sexuels. (3) En essayant de "reconditionner" le sujet en lui donnant des bonbons ou d'autres aliments, comme on le montre à l'animal. Cette méthode fait appel au contrôle de l'alimentation du sujet. (4) En construisant des activités "constructives" autour de l'objet par l'imitation et en mettant la main dans les mouvements de manipulation. À cet âge, l'imitation de l'activité motrice manifeste est forte, comme l'ont montré nos expériences actuelles mais non publiées.

Observations accessoires

(a) La succion du pouce comme moyen de compensation pour bloquer la peur et les stimuli nocifs. Au cours de ces expériences, notamment lors du test final, on a remarqué que chaque fois qu'Albert était au bord des larmes ou qu'il était généralement bouleversé sur le plan émotionnel, il mettait continuellement son pouce dans sa bouche. Dès que la main atteignait la bouche, il devenait insensible aux stimuli qui provoquaient la peur. Encore et encore, pendant le tournage des films à la fin de la période de repos de trente jours, nous devions retirer le pouce de sa bouche avant d'obtenir la réponse conditionnée. Cette méthode de blocage des stimuli nocifs et émotionnels (peur et rage) par stimulation érogène semble persister depuis la naissance. Très souvent, lors de nos expériences sur les drogués du travail avec des enfants de moins de dix jours, la même réaction est apparue. Lorsqu'ils travaillent sur les vipères, les deux bras du nourrisson sont légèrement contraints. Souvent, la rage apparaît. Ils se mettent à pleurer, se balançant avec leurs bras et leurs jambes. Si le doigt entre dans la bouche, les pleurs cessent immédiatement. L'organisme est donc apparemment bloqué dès la naissance, lorsqu'il est sous l'influence de stimuli amoureux.3 Ce recours à la stimulation sexuelle lorsqu'il est sous l'influence de situations nocives et émotionnelles, ou lorsque l'individu est agité et oisif, persiste tout au long de la vie adolescente et adulte. Albert, en tout cas, n'a pas eu recours à la succion du pouce, sauf en présence de tels stimuli. La succion du pouce pouvait être immédiatement vérifiée en lui offrant ses blocs. Ces blocages faisaient invariablement appel à des instincts de manipulation active. Il est utile d'attirer l'attention sur le fait que la conception de Freud de la stimulation des zones érogènes comme étant l'expression d'un principe original de recherche du "plaisir" peut être retournée et peut-être mieux décrite comme un dispositif compensatoire (et souvent conditionné) pour le blocage des stimuli nocifs et producteurs de peur et de rage.

(b) Primauté égale de la peur, de l'amour et éventuellement de la rage. Bien qu'en général les résultats de notre expérience n'offrent pas de points de conflit particuliers avec les concepts freudiens, il convient de souligner un fait en harmonie avec eux. Selon les Freudiens proprement dits, le sexe (ou dans notre terminologie, l'amour) est l'émotion principale dans laquelle surviennent des réactions conditionnées qui limitent et déforment ensuite la personnalité. Nous souhaitons contester vivement ce point de vue sur la base des preuves expérimentales que nous avons recueillies. La peur est un facteur aussi primordial que l'amour pour influencer la personnalité. La peur ne tire pas sa force de l'amour. Elle appartient à la nature originelle et héritée de l'homme. Il en va probablement de même pour la rage, bien qu'à l'heure actuelle nous n'en soyons pas si sûrs.

Les Freudiens, dans vingt ans, à moins que leurs hypothèses ne changent, lorsqu'ils viendront analyser la peur d'Albert d'un manteau de peau de phoque - en supposant qu'il vienne à l'analyse à cet âge - lui taquineront probablement le récit d'un rêve qui, selon leur analyse, montrera qu'Albert à trois ans a tenté de jouer avec les poils pubiens de la mère et qu'il a été violemment grondé pour cela. Si l'analyste a suffisamment préparé Albert à accepter un tel rêve lorsqu'il est découvert comme explication de ses tendances à l'évitement, et si l'analyste a l'autorité et la personnalité pour le faire passer, Albert peut être pleinement convaincu que le rêve était un véritable révélateur des facteurs qui ont provoqué la peur.

Il est probable qu'un grand nombre des phobies de la psychopathologie sont de véritables réactions émotionnelles conditionnées, soit de type direct, soit de type transféré. Il faut peut-être croire qu'une telle persistance des premières réactions conditionnées ne se retrouve que chez les personnes constitutionnellement inférieures. Notre argument se veut constructif. Les troubles émotionnels chez les adultes ne peuvent pas être attribués uniquement au sexe. Ils doivent être retracés selon au moins trois lignes collatérales - les réponses conditionnées et transférées mises en place dans la petite enfance et la jeunesse précoce dans les trois émotions humaines fondamentales.

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