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La difficile place des femmes dans le cinéma

La difficile place des femmes dans le cinéma La difficile place des femmes dans le cinéma
Source : Artiste inconnu via Pinterest
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#cinéma
#Féminisme
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A la troisième édition des Assises pour l'égalité, la parité et la diversité dans le cinéma et l'audiovisuel qui avait lieu les 25 et 26 novembre 2020, à Paris, figurait l’actrice et réalisatrice Agnès Jaoui, qui a saisi l’audience par la force d’un discours intime et féministe, dans lequel elle raconte sa propre expérience et les blessures infligées à la petite fille, la femme, l’actrice et la réalisatrice qu’elle est devenue.

Ça commence à 5 ans. Vers 5 ans je me suis fait abuser par un inconnu dans la cage d'escalier de mon immeuble. Juste après tandis que ma mère appelait la police il y avait à la télévision un film pour enfants avec une petite fille blonde qui disait de jolies choses, et de sa bouche sortait des diamants, et une petite fille brune qui disait des gros mots et de sa bouche sortait des crapauds.

Vers 6 ans, j'ai découvert à la télé Fifi Brindacier - une petite fille avec des tresses en l'air et une force surnaturelle. J'ai beaucoup aimé Fifi Brindacier.

A 11 ans, je me suis fait abuser par mon oncle.

A 12 ans, j'ai commencé un régime que je n'ai toujours pas terminé pour tenter d'éradiquer ces rondeurs et cette graisse qui semblait posé tant de problèmes de désir et de dégoût.

Vers 13 ans, j'ai vu des films avec Marilyn Monroe et j'ai chanté devant le miroir de la bouche en cœur comme elle tous ses succès.

Vers 16 ans, au cours de théâtre j'étais inscrite je me suis rendu compte que pour dix rôles d'homme, il y en avait deux ou trois de femmes, et qui offrait peu de possibilité d'identification. A savoir obligatoirement jeunes et belles filles à marier - la soubrette, obligatoirement jeune et belle, et la marâtre qui pouvait à loisir être laide et vieille puisque périmés et impropre à la consommation.

Plus tard j'allais me rendre compte que durant ses études beaucoup de bandes de garçons allaient se constituer et travailler ensemble ; et très peu de bande de filles

Vers 19 ans, je me suis rendu compte que je n'avais pratiquement lu que des livres écrits par des hommes et dont les héros principaux étaient des hommes

Vers 24 ans, j'ai revu des films avec Marilyn Monroe et je me suis rendu compte que j'avais voulu ressembler à une idiote

Vers 25 ans, un casting m'a dit qu'il recherchait pour un film d'auteur une actrice prête à se faire sodomiser en vrai.

Vers 26 ans, j'ai commencé avec Jean-Pierre Bacri à écrire mes propres rôles.

Vers 27 ans, vu et aimé Thelma et Louise mais après je me suis violemment disputé avec un grand ami qui reprochaient au film l'usage des armes et la violence de ses héroïnes.

Vers 30 ans, quand je faisais des interviews l'étranger. J'étais très fier de clamer que en France nous étions 20 % de femmes réalisatrices bien plus que dans n'importe quel autre pays du monde.

Vers 34 ans, je me suis rendu compte que cela signifiait donc que 80% de films étaient réalisés par des hommes et je me suis demandé pourquoi j'avais été si fier d'un pourcentage aussi nul. Quelle puissante acceptation de mon infériorité m'avait fait me réjouir d'un chiffre aussi minable.

Vers 35 ans, j'ai cherché une actrice jeune en surpoids pour un film et je me suis rendu compte qu'il y avait très peu de candidates comme si elles s'étaient auto censurées et interdite d'elles-mêmes de pousser la porte d'un cours de théâtre.  Un an plus tard le film est sorti avec l'excellente Marilou Berry dans le rôle et je me suis rendu compte qu'aucun magazines féminins ne la métrait en couverture comme ils aiment pourtant le faire lorsqu'une fille d'actrice célèbre accède à son premier rôle.

Au mois de mai, à force d'hésiter entre 12 robes, j'ai eu envie de monter les marches du festival de Cannes tout nu.

Vers 35 ans, je me suis rendu compte que l'une des raisons pour lesquelles je trouvais les actrices de la série sopranos, si épatantes, était qu'elle avait des corps normaux.  Parce qu'autrement dans tous les commissariats de police et les cabinets d'avocats on recrute visiblement dans des agences de mannequins. Je me suis rendu compte que mes amis actrices travaillaient moins que mes amis acteurs.

Vers 45 ans, je me suis rendu compte qu'il existait beaucoup plus d'écrivaine, de compositrice, de réalisatrice, de peintresses, que je ne le croyais ;  mais qu'elles avaient été mystérieusement effacées de notre patrimoine. Je me suis rendu compte à ce moment-là aussi qu'on disait « patrimoin »e et non « matrimoine ».

En mars dernier, confiné avec un grand ami, je lui ai dit que c'était un peu las des films d'hommes, avec que des homme ; lui ne voyais pas le problème, mais j'ai insisté, et nous avons fini par voir Olivia de Jacqueline Audry, où il n'y a que des femmes. Mon grand ami s'est endormi au bout de cinq minutes.

En octobre, une émission sur France Culture racontait l'histoire Jacqueline Audry. Cette émission était intitulée La disparue du cinéma français et montrait comment la nouvelle vague, entre autres, avait méprisé et banni cette réalisatrice jusqu'à nos mémoires, jusqu'à l'effacer de nos mémoires et en moquer le fait qu'elle tournait en pantalon

En 2017, on a représenté pour la première fois correctement le clitoris dans les manuels scolaires. Depuis quelques années, on s'est rendu compte qu'une seule femme avait obtenu le césar de la meilleure réalisatrice. En 2020 on s'est rendu compte que la composition des votants aux césars comptait une majorité de 65 % d'hommes.  En 2020, 88% des films à la télévision français sont réalisées par des hommes ; au cinéma ce sont 76 % des films selon les années, un peu plus, un peu moins, qui sont réalisée par des hommes.

J'ai 56 ans et je ne me réjouis pas de ces chiffres. Je crois à l'influencent immense des images ; et d'autant plus quand nous n'en avons pas forcément conscience. Je crois qu'une série télé avec un président noir peut aider à élire Barack Obama. Je crois que des représentations répétées de femmes filiformes, jeunes, blanches, et soumises, n'aide pas à l'épanouissement des femmes ni des hommes. Enfin je me permettrai de m'inspirer de Camus qui disait que « mal nommer les choses c'était ajouter au malheur du monde » en disant que « ne pas mettre en image nos diversités c'est rajouter aux valeurs du monde ». Je finirai par cette citation, je ne sais pas qui l’a écrite, ça doit être une femme, « les filles obéissantes vont au ciel les autres vont où elles veulent ».

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