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La fin du confinement lié à l'épidémie du coronavirus pourrait être déterminée par une simple analyse économique coût-bénéfice

La fin du confinement lié à l'épidémie du coronavirus pourrait être déterminée par une simple analyse économique coût-bénéfice La fin du confinement lié à l'épidémie du coronavirus pourrait être déterminée par une simple analyse économique coût-bénéfice
Source: Tomasz Bolek via designideas
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Depuis quelques jours, nous entendons cette petite chanson : que le confinement doit cesser le plus tôt possible, pour des raisons économiques. C'est une idée simple, basée sur l'outil préféré des économistes : l'analyse coûts-bénéfices.

D'une part, les personnes qui meurent du coronavirus. D'autre part, les coûts de la chute du PIB et de la crise économique, qui entraîneront également des décès. La balance semble pencher en faveur d'une relance de l'économie. Nous pourrions à nouveau nous tourner vers la tristement célèbre stratégie de l' « immunité collective » et tolérer des pertes de coronavirus pour éviter des pertes plus importantes en cas de catastrophe économique.

Le dilemme est remarquable dans ce qu'il révèle sur notre économie capitaliste. [...] Cette approche comptable macabre met sur un pied d'égalité deux réalités distinctes : l'une est un phénomène naturel auquel les gens sont soumis, un virus contre lequel nous n'avons pas d'armes, du moins pour le moment, et qui tue directement des hommes et des femmes. L'autre est la propre création de l'humanité, l'économie de marché, qui impose désormais sa loi à ses créateurs au point de les tuer directement.

Il ne s'agit pas de nier que les crises économiques coûtent des vies humaines. Mais ces crises ne sont pas des phénomènes naturels auxquels les hommes sont soumis. Elles sont le produit de notre organisation sociale, de nos activités et de nos choix. C'est à nous de trouver d'autres formes d'organisation sociale qui préservent la vie et dont les crises occasionnelles sont moins meurtrières.

La vérité qui se cache à la vue de tous dans ces discours économistes qui déplorent le confinement, c'est que les victimes de la future récession ne seront pas des victimes collatérales de notre choix actuel de sauver des vies, elles ne seront pas les victimes de notre décision d'endiguer la pandémie, elles seront les victimes de notre système économique basé sur le culte du marché et d'une comptabilité morbide.

Nous comprenons la colère des économistes : soudain, en quelques semaines, nous avons réalisé que nous pouvions arrêter la fuite en avant de notre économie de marché, que nous pouvions nous concentrer sur l'essentiel : les secteurs de la santé, de l'alimentation et des soins. Et, chose suprêmement étrange, le monde n'a pas cessé de tourner, et l'humanité n'a pas non plus cessé d'exister. Le capitalisme est figé dans son état le plus dépouillé : il ne génère qu'une plus-value minimale, insuffisante pour alimenter les flux de capitaux. Et l'humanité continue d'exister. Le capitalisme est séparé de l'existence humaine. [...] Quand le marché cesse de « créer de la richesse », il ne se passe presque rien.

C'est pourquoi nous entendons aujourd'hui des menaces visant à maintenir le mythe du caractère capitaliste intrinsèque de l'existence humaine : nous allons tous payer pour cela, nous allons payer cher. En vies humaines. Une baisse de 30% du PIB ne peut rester impunie. Sauf que nous voyons précisément la preuve du contraire, à savoir que les vies humaines, plutôt que les échanges de marchandises, pourraient être au centre des choses. [...] C'est profondément insupportable pour les économistes et ils sont impatients de mettre fin à un confinement qui met en lumière de nombreuses vérités dérangeantes. Nous pourrions finir par imaginer une organisation sociale différente, des priorités différentes, nous pourrions finir par redéfinir nos besoins essentiels [...]. Mais alors, nous n'aurions pas besoin de tout ce fatras : compétitivité, PIB, retours sur investissement, dividendes - ce qui fait que notre marché du travail reste sous le coup de la valeur d'échange. Nous pourrions démocratiser l'économie [...].

C'est exactement pour cette raison qu'il est urgent de passer à cette récession annoncée qui va se généraliser pour nous donner une leçon sur la bêtise de faire passer des vies humaines avant les abstractions du marché. Tout sera fait pour que ce confinement se traduise par une crise économique violente qui coûtera, en effet, des vies humaines. Cela sera fait très simplement : en se contentant de « geler » l'économie et en évitant à tout prix de profiter de cette pause pour mettre en œuvre des réformes. Une fois dégelée, l'économie de marché fera le plus gros du travail : ses mécanismes déclencheront leur colère, et nous serons invités à accepter cela comme une inévitable rétribution divine.

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Source : Ce que le confinement nous apprend de l’économie, 11 Avril 2020, Médiapart

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Il s’agit pour l’entreprise de décider d’allouer une ressource disponible à un usage plutôt qu’à un autre afin d’en tirer le meilleur gain possible. Ainsi dans l’exemple ci-dessus, si l’entreprise décide d’affecter son outil de production au modèle X, mais au détriment du modèle Y, et qu’elle retient l’option B2 pour quelque raison stratégique, le coût d’opportunité est de (72-55) €17 millions.

Note : en français, on peut aussi parler de coût d'opportunité, coût d'option, coût alternatif ou coût de substitution et en anglais de alternative cost.

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Source et adaptation :

Fred Wilson, Opportunity cost, AVC, 2010 

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